France : l’exil fiscal repart de plus belle
Une nouvelle enquête dresse le constat d’un phénomène en accélération concernant les plus riches familles françaises.
« Le mouvement est réel ». C’est en ces termes que Karine Lecoq, associée gérante chez Lazard Frères Gestion à Paris, décrit dans les colonnes du magazine Challenges la tendance à l’expatriation des grandes fortunes françaises observée depuis deux ans.
Le phénomène a pris une telle ampleur que, parmi les 25 familles les plus riches de France, neuf ne sont désormais plus domiciliées sur le territoire national, soit près d’un tiers. En termes de contribution fiscale, environ 40% de ces patrimoines s’acquittent aujourd’hui de leurs impôts à l’étranger.
À elles seules, ces richesses représentent près de 173 milliards d’euros, soit plus de 20% du total cumulé des 25 premières fortunes françaises. Parmi les figures emblématiques de ce départ discret figurent les frères Wertheimer, propriétaires de Chanel et troisième fortune du pays, installés en Suisse.
Leur compatriote Pierre Castel, à la tête du groupe Castel et acteur majeur du secteur viticole, a lui aussi choisi la Confédération. Dans les télécommunications, Patrick Drahi, ancien propriétaire de SFR, s’est tourné vers Israël. Dans la tech, Pierre Omidyar, fondateur d’eBay, réside désormais à Hawaï.
Deux taxes comme déclencheurs
La famille Rothschild, pilier historique de la banque d’affaires européenne, a également opté pour la Suisse. Mais au-delà de cet état des lieux, c’est surtout l’accélération du phénomène qui suscite des inquiétudes.
« Nous avons beaucoup de demandes d’évaluations d’expatriation fiscale mais aussi beaucoup de passages à l’acte », souligne Karine Lecoq. À l’origine de cette dynamique, deux mesures fiscales adoptées dans la foulée de la dissolution de l’Assemblée nationale en 2024, selon Challenges.
La première est la contribution différentielle sur les hauts revenus (CDHR), qui concerne les personnes percevant plus de 250 000 euros par an pour un célibataire, et 500 000 euros pour un couple.
La seconde cible les holdings, avec une taxation de 20% sur la valeur d’actifs tels que yachts, voitures de collection ou résidences détenus via ces structures.
Milan, Dubaï, Monténégro : la nouvelle géographie des exils
Si cette dernière mesure génère peu de recettes pour l’État, son impact psychologique sur les grandes fortunes est jugé particulièrement marqué par les spécialistes. Face à cette pression fiscale, les destinations se diversifient et gagnent en attractivité.
Les refuges traditionnels demeurent en tête. Dubaï, aux Émirats arabes unis, a attiré près de 9 800 nouveaux millionnaires l’an dernier. La Suisse en a accueilli environ 3 000, tandis que la Belgique et le Portugal, avec près de 1 500 arrivées chacun, conservent leur attrait.
De nouveaux pôles émergent toutefois. Milan s’impose progressivement comme un eldorado fiscal, avec 3 500 millionnaires supplémentaires en un an, grâce notamment à un régime particulièrement favorable aux contribuables fortunés.
Concrètement, l’imposition y est plafonnée à 300 000 euros par an, quel que soit le niveau de revenus, qu’il s’agisse de 5, 10 ou 500 millions d’euros de dividendes. À cela s’ajoute un dispositif successoral avantageux, permettant à chaque enfant d’hériter jusqu’à un million d’euros sans taxation.
Mais la révélation la plus marquante de cette enquête reste le Monténégro. Candidat à l’adhésion à l’Union européenne et déjà utilisateur de l’euro, ce petit État des Balkans — notamment sa baie de Kotor — attire un nombre croissant de grandes fortunes internationales.
