Jeff Bezos plaide pour une exonération fiscale des bas revenus
Le fondateur d’Amazon défend une progressivité accrue de l’impôt selon laquelle plus les revenus sont élevés, plus la contribution augmente, tandis qu’en dessous d’un certain seuil, aucune imposition ne s’applique.
C’est une prise de position qui ne manquera pas de susciter des réactions, dans un contexte de retour au-devant de la scène du débat sur les inégalités de richesse aux États-Unis. Dans un long entretien accordé mercredi 20 mai à CNBC depuis le site de Blue Origin, Jeff Bezos a plaidé pour la suppression totale de l’impôt sur le revenu pour la moitié inférieure des contribuables américains.
Pour illustrer son propos, il évoque le cas d’une infirmière du Queens gagnant 75 000 dollars par an et s’acquittant de plus de 12 000 dollars d’impôts, soit plus de 1 000 dollars mensuels. « Est-ce vraiment logique ? C’est mille dollars par mois qui pourraient servir à payer le loyer, les courses ou d’autres dépenses essentielles », souligne le fondateur d’Amazon.
Avant d’ajouter : « Nous ne devrions pas demander à cette infirmière du Queens d’envoyer de l’argent à Washington. C’est plutôt à l’État de lui présenter des excuses. » Selon lui, la moitié inférieure des contribuables ne représente que 3% des recettes fiscales fédérales.
« Ça ne résout rien »
« Ce n’est que 3%. Nous pouvons compenser ces 3% », affirme-t-il, minimisant l’impact budgétaire d’une telle mesure. À ses yeux, cette part pourrait être ramenée à zéro, renforçant ainsi le caractère progressif du système fiscal.
« Il existe dans ce pays une catégorie de personnes qui prospèrent, mais aussi une autre qui peine à joindre les deux bouts », observe le quatrième homme le plus riche du monde, dont la fortune est estimée à 269 milliards de dollars selon Forbes.
D’après lui, cette situation nourrit une rhétorique politique fondée sur la désignation de responsables plutôt que sur la recherche de solutions structurelles. « Les responsables politiques recourent à une méthode classique consistant à désigner un coupable. Le problème, c’est que cela ne règle rien », estime-t-il.
Un problème de dépenses, pas de recettes
Interrogé sur une éventuelle hausse de la fiscalité des plus aisés pour financer cette exonération, Jeff Bezos rejette l’idée même d’un déficit de recettes aux États-Unis. « Nous n’avons pas un problème de revenus. Nous disposons déjà du système fiscal le plus progressif au monde : le top 1% des contribuables acquitte 40% des recettes fiscales », avance-t-il.
Selon lui, l’enjeu central réside plutôt dans l’efficacité de la dépense publique. « Le véritable problème concerne les dépenses, et relève d’une question de gestion », affirme-t-il. Il cite l’exemple du système scolaire de New York, qui dépense 44 000 dollars par élève — soit 30% de plus que d’autres grandes villes comme Chicago, Los Angeles ou Boston, et trois fois plus que Miami ou Houston — sans obtenir de meilleurs résultats.
« Si Amazon était géré comme le système scolaire new-yorkais, vos colis mettraient six semaines à arriver, les frais de livraison atteindraient 100 dollars, et le produit reçu ne serait même pas le bon », ironise-t-il.
