Xavier Niel, le milliardaire qui ne touche presque rien

Pour la première fois, les comptes de la principale société patrimoniale du patron de Free ont été dévoilés. Plongée dans la mécanique grâce à laquelle l’homme qui a révolutionné les télécoms français a bâti sa fortune.

Entrepreneur autodidacte, investisseur omniprésent, twitto facétieux et, surtout, milliardaire controversé. Xavier Niel est tout cela à la fois. Mais comment est-il devenu l’une des plus grandes fortunes françaises ?

Si ses débuts dans le Minitel Rose et les peep-shows, à la fin des années 1980, lui ont permis de devenir millionnaire à seulement 24 ans, peu savaient jusqu’à présent comment l’homme faisait fructifier son patrimoine. C’est désormais chose faite grâce à une action en justice menée par l’association Lanceurs d’alerte.

Le tribunal des activités économiques de Paris a en effet récemment contraint Niel à publier les comptes 2020-2024 de sa holding NJJ, selon les documents obtenus et analysés par Le Point.

Le journal y a découvert une structure valorisée à 15,35 milliards d’euros d’actifs, un montant qui exclut même sa participation dans Iliad, la maison mère de Free, logée dans une entité séparée contrôlée à 97% par l’entrepreneur.

Les télécoms comme moteur

L’enquête du Point montre que les télécoms constituent de loin le principal pilier économique de NJJ Holding. Les participations dans plusieurs opérateurs à l’étranger — Salt en Suisse, Eir en Irlande, Monaco Telecom, qui contrôle aussi Epic à Chypre et à Malte, ainsi que DVL Telecom en Ukraine — ont généré à elles seules près de 3 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2024, soit 85% des revenus de la holding.

Le reste du portefeuille, plus modeste en comparaison, se répartit entre l’immobilier, l’hôtellerie de luxe et des prises de participation dans de jeunes entreprises technologiques. Au-delà des chiffres bruts, c’est surtout la logique financière de la holding qui retient l’attention.

Les comptes montrent ainsi que NJJ a encaissé 737,7 millions d’euros de dividendes sur la période considérée. Un montant considérable, dont Xavier Niel n’a toutefois personnellement conservé qu’une fraction infime. En effet, seulement 13,1 millions d’euros lui ont été versés sur cette période.

Réinvestir plutôt que dépenser

Le reste des bénéfices est resté dans la structure. Selon l’analyse du Point, cette stratégie de rétention permet à la holding de financer de nouveaux investissements et de rembourser sa dette, plutôt que d’alimenter le train de vie personnel de son propriétaire.

C’est ce mécanisme qui a notamment permis à NJJ Holding de multiplier les opérations ces dernières années, avec des prises de participation dans des groupes comme Vodafone ou Millicom, ainsi que des investissements dans les data centers et de nouvelles acquisitions immobilières.

Ce choix de réinjecter systématiquement les profits dans la machine plutôt que de les distribuer illustre une discipline patrimoniale rare à cette échelle. L’homme qui a quitté les études à 19 ans se révèle ainsi un redoutable entrepreneur.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *