Berlin menace les bonus des patrons de la Deutsche Bahn

L’État veut lier le versement des primes des responsables de la compagnie ferroviaire nationale à l’atteinte d’objectifs préalablement fixés. L’approche est censée stimuler les performances d’une entreprise historiquement critiquée, notamment pour ses retards.

Taper là où ça fait mal. C’est ce que prévoit le nouveau ministre allemand des Transports à l’égard des dirigeants de la Deutsche Bahn (DB), la compagnie nationale de transport ferroviaire.

Dans un entretien accordé au journal Bild am Sonntag, publié dimanche 9 août, Steffen Bilger a annoncé que le versement des bonus serait prochainement indexé sur la réalisation d’objectifs préalablement définis. Cette déclaration intervient alors que l’entreprise traverse l’une de ses crises les plus importantes depuis plusieurs années.

Outre le vieillissement massif de ses infrastructures — rails, aiguillages, ponts et gares souffrent d’un manque chronique d’investissement — et une dette de plusieurs milliards d’euros à son passif, l’entreprise est pointée du doigt pour ses retards récurrents.

En 2024, seuls 62,5% des trains longue distance étaient à l’heure, contre 78,5% en 2017. En 2025, ce taux est tombé à 60%. « Les chiffres enregistrés jusqu’à présent sont totalement insuffisants », a déclaré Steffen Bilger. Les données publiées par la Deutsche Bahn font état d’un taux de ponctualité de 62,5% pour les trains longue distance en 2024, puis de 60,1% en 2025.

La ponctualité comme nouvel indicateur

Alors que certains imputent, selon Reuters, cette situation au statut de la DB — une société par actions détenue à 100% par l’État, même si son organisation et ses impératifs de gestion l’ont longtemps rapprochée d’un groupe commercial —, les autorités ont entrepris de nettoyer les écuries d’Augias.

Après le remplacement, l’année dernière, de son PDG de longue date Richard Lutz, un nouvel accord d’entreprise a été conclu. Il est assorti d’un plan d’investissement de 500 milliards d’euros sur douze ans pour les transports, dont 45 milliards d’ici à 2027 destinés aux infrastructures ferroviaires.

Dans ce cadre, le gouvernement a fixé, en septembre dernier, l’objectif suivant : au moins 70% des trains longue distance — ICE et IC — devront être ponctuels d’ici à la fin de 2029, contre environ 60% au premier semestre de cette année, d’après Reuters.

Il s’agit d’une ambition jugée plus réaliste que celle de la Deutsche Bahn, qui visait initialement un taux de ponctualité compris entre 70% et 75% dès 2026, puis entre 75% et 80% en 2027, dans son plan de redressement.

Des retards qui ne disparaîtront pas du jour au lendemain

« Il n’y aura pas 100% dans un avenir prévisible. Je ne pense pas que cela existe non plus dans les autres pays d’Europe », ajoute le ministre Steffen Bilger. Il annonce par ailleurs vouloir renforcer le dispositif de sécurité dans les gares et à bord des trains, dans un contexte de multiplication des agressions visant le personnel ferroviaire.

Le nouveau ministre des Transports se dit ainsi favorable à un déploiement plus large des caméras-piétons et de la vidéosurveillance, tout en défendant l’interdiction récente de consommer de l’alcool sur les quais.

Ces mesures d’accompagnement sont d’autant plus nécessaires que l’encadrement des bonus ne résoudra pas, à lui seul, les problèmes de l’entreprise, confrontée par ailleurs à la hausse du trafic.

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