Compagnies pétrolières : des profits toujours aussi mirobolants

Une étude alerte sur l’envolée des marges bénéficiaires réalisées au sein de l’Union européenne par les géants du pétrole, sur fond de crise énergétique mondiale. De quoi relancer la question de la taxation de ces superprofits.

Selon l’ONG écologiste Transport & Environment (T&E), les compagnies pétrolières opérant dans l’Union européenne y ont déjà réalisé, cette année, 5,5 milliards d’euros de superprofits – ou surprofits –, terme désignant des marges plus importantes que celles habituellement dégagées.

Élargi à l’échelle mondiale, ce montant grimpe à 46 milliards d’euros. Fondée sur les résultats financiers du deuxième trimestre des huit principales majors en activité sur le territoire européen – comparés à leur moyenne historique et à 2025 –, l’analyse de T&E donne à voir le panorama des gains engrangés.

Le groupe espagnol Repsol arrive ainsi en tête avec 1,267 milliard d’euros de superprofits. Il est suivi de l’anglo-néerlandais Shell, dont le bénéfice est estimé à 1,172 milliard. Le Français TotalEnergies ferme le podium, fort de 1,075 milliard de gains exceptionnels.

Au total, six des huit entreprises étudiées – BP, Shell, Eni, Orlen, Repsol et OMV – « ont plus que doublé leurs profits dans l’UE » au deuxième trimestre par rapport à un an plus tôt, selon Transport & Environment.

Le faux indicateur du prix à la pompe

Cela représente environ 17,9 milliards d’euros de surprofits accumulés par l’ensemble des sociétés considérées à l’échelle mondiale depuis le début de cette année, dont 42% provenant de l’UE.

Le contexte de surenchérissement des prix, influencé notamment par les troubles dans le détroit d’Ormuz en raison de la guerre entre les États-Unis et l’Iran, n’échappe évidemment pas à l’analyse.

L’ONG indique toutefois que les cours du baril ne sauraient, à eux seuls, expliquer le maintien de tarifs élevés à la pompe pour le consommateur. Elle pointe un gonflement des marges de raffinage. Autrement dit, un élargissement de l’écart entre le coût du pétrole brut acheté et son prix de cession en tant que produits finis.

De fait, la baisse du baril n’est pas toujours directement corrélée aux prix à la pompe. À l’inverse, une hausse fait très vite grimper la facture.

Une situation jugée « profondément injuste »

Parmi les pays où les groupes pétroliers font davantage peser le poids de la hausse des coûts sur le consommateur figurent la Pologne, l’Espagne, l’Allemagne et la France.

« Les géants du pétrole tournent le dos aux énergies vertes tandis que les automobilistes font les frais de leurs profits records. Alors que l’Europe est en proie aux incendies, cette situation est profondément injuste », cingle Antony Froggatt, senior director chez T&E.

Il appelle l’Union européenne à « taxer les profits exceptionnels des compagnies pétrolières et à utiliser ces fonds pour rendre la voiture électrique abordable pour tous ». « Cette crise pétrolière doit être la dernière », ajoute le responsable.

L’option de l’électrique est d’autant plus décisive que, d’après T&E, les pays où le taux de pénétration des véhicules verts est élevé se montrent plus résilients face aux chocs énergétiques. À l’instar du Danemark, dont le parc automobile est converti à 19% à l’énergie propre.

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