Revenu universel : l’antidote à la révolution des machines ?

L’explosion de l’intelligence artificielle incite à une question à la fois économique et philosophique : et si l’État versait à chaque citoyen un revenu de base, sans condition ni contrepartie ?

Sur son réseau social X, Elon Musk a relancé, vendredi 17 avril, le débat sur un revenu universel élevé, affirmant qu’il s’agirait du « meilleur moyen de répondre à la question du chômage induit par l’arrivée de l’intelligence artificielle ».

Alors que le débat public s’articule depuis des années autour de l’UBI — Universal Basic Income, ou revenu universel de base —, le milliardaire a préféré évoquer l’UHI, Universal High Income, soit un revenu universel élevé. Une nuance loin d’être uniquement sémantique.

Le revenu de base est généralement conçu comme un filet de sécurité minimal, destiné à couvrir les besoins essentiels dans un contexte de destruction d’emplois. À l’inverse, un revenu universel élevé repose sur l’idée d’une société d’abondance, où la richesse produite par les machines permettrait d’offrir à chacun non seulement de quoi vivre, mais de mener une existence confortable et choisie.

Le patron de xAI n’est d’ailleurs pas le seul acteur de la tech à orienter le débat sur la transformation du marché du travail par l’intelligence artificielle vers ce concept.

Une réponse à la disruption du marché de l’emploi

Selon l’entrepreneur américain, ce mécanisme est d’autant plus pertinent que la véritable rupture induite par l’IA ne résidera pas dans une réduction du temps de travail, mais dans sa disparition en tant que nécessité sociale.

« Je pense que dans moins de vingt ans, travailler sera optionnel », affirmait-il il y a quelques mois sur la chaîne Business Today, estimant même que cette échéance pourrait survenir d’ici dix à quinze ans.

D’après Andrew White, chercheur au King’s College de Londres, interrogé par France 24, la promotion du revenu universel par les dirigeants de la tech vise aussi à anticiper les critiques de ceux qui pourraient être pénalisés par l’essor de l’intelligence artificielle.

Reste à déterminer comment une telle redistribution pourrait être mise en œuvre concrètement. Pour le chercheur australien Ben Spies-Butcher, cité par ABC News (Australia), des éléments de réponse existent déjà.

La pandémie comme laboratoire grandeur nature

Il évoque la crise du Covid-19, qui a constitué selon lui une expérimentation involontaire de ce que pourrait être un revenu universel. En Australie, entre 3,6 et 4 millions de personnes ont bénéficié du programme JobKeeper, tandis que 2,2 millions d’allocataires ont vu leurs prestations presque doubler grâce à un complément d’urgence.

À son apogée, une part significative de la population adulte australienne percevait ainsi un revenu régulier sans obligation de contrepartie. Le coût total du dispositif a frôlé les 110 milliards de dollars australiens.

Les effets observés ont dépassé le simple maintien du pouvoir d’achat, avec notamment une chute marquée du taux de pauvreté, passé de 67% à 7% chez les bénéficiaires des aides renforcées, selon la chercheuse Elise Klene et son équipe.

Un obstacle majeur demeure toutefois, celui du financement. « Ce dont on ne parle pas, ce sont les coûts et les contraintes liés à des dépenses de centaines de milliards de dollars », souligne Simon Cowan, présenté par ABC News comme un économiste libéral.

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