La tech américaine perd les midterms

Le pari des acteurs de la tech aux élections de mi-mandat s’est révélé perdant, avec la victoire des démocrates. De quoi annoncer un coup de frein dans la course technologique débridée en cours ?

« On dirait que l’ingérence de mes lasers spatiaux dans les élections n’a pas fonctionné cette fois. » Elon Musk a beau se montrer ironique, le 4 novembre, à propos des élections de mi-mandat qui venaient de se tenir quelques heures plus tôt, la vague bleue issue du scrutin n’en reste pas moins un coup dur à encaisser pour lui et l’ensemble des acteurs de la tech.

Ceux-ci auront en effet collectivement investi, selon le Financial Times, plus de 600 millions de dollars en dons — dont plus de 400 millions provenant du seul Musk — pour finalement voir les démocrates reprendre aux républicains le contrôle des deux chambres du Congrès.

Un pari manqué pour ces entrepreneurs qui, pour la plupart, se sont alignés — même les plus insoupçonnés, comme Tim Cook, l’ancien patron d’Apple — sur l’administration Trump ces deux dernières années. Une caractéristique commune à ces personnes dont l’engagement politique est moins motivé par l’idéologie que par des intérêts économiques et financiers.

Un vote sanction contre la corruption et les data centers

Ce rapprochement intéressé et parfois consanguin entre intérêts politiques et milieux d’affaires a sans doute été sanctionné par les urnes. Car la corruption, au même titre que le pouvoir d’achat — mis à rude épreuve par la guerre en Iran —, figurait en bonne place parmi les principales préoccupations des votants.

Les électeurs se sont en effet prononcés contre le développement des centres de données dans la quasi-totalité des consultations locales organisées lors de ces élections, avec 40 mesures rejetées sur 41 dans une dizaine d’États, la seule exception étant Harwood, dans le Dakota du Nord.

À cela s’ajoutent des États comme le Texas, qui a basculé vers les démocrates à tous les échelons et où il sera désormais probablement beaucoup plus difficile de construire de telles infrastructures.

Un message clair adressé à ces géants technologiques dont l’appétit pour les data centers n’a d’égal que leurs ambitions. On ne devrait cependant pas trop s’en faire pour ces agents économiques rompus à l’art de s’adapter, tels des caméléons, au moindre changement de régime à Washington.

Enquêtes, lois d’États et régulation en vue

Reste que les choses ne s’annoncent pas à leur avantage pour les deux prochaines années du mandat de Donald Trump, même si ce dernier dispose toujours de son droit de veto.

Nilay Patel, intervenant dans le podcast Vergecast de The Verge, s’attend ainsi à une avalanche de textes dans les États, où les lobbyistes de la tech sont pourtant redoutablement efficaces, notamment en matière de protection de la vie privée et de surveillance.

Le journaliste évoque également des négociations à venir sur la fiscalité des centres de données. D’autant que le rejet de textes favorables à ces infrastructures ou les votes populaires contre les projets qui s’y rapportent n’empêchent pas les États de négocier des accords plus avantageux avec les entreprises.

Il faudrait s’attendre, dans la même veine, à une offensive parlementaire au Congrès, à l’échelle fédérale, contre des acteurs présumés trop proches de l’administration Trump. Cela pourrait concerner les fameux donateurs de la salle de bal en cours de construction à la Maison-Blanche ou des entreprises du secteur des cryptomonnaies.

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