France : ce que valent les ministres du gouvernement Lecornu

Les déclarations de patrimoine des membres de l’exécutif français révèlent des trajectoires personnelles variées, entre millionnaires discrets et hauts fonctionnaires aux comptes à découvert.

C’est un exercice républicain qui, même s’il se répète à chaque formation d’une nouvelle équipe gouvernementale, suscite toujours la même curiosité : qui sont les ministres les plus riches de la République ?

La palme revient à Serge Papin, ministre des PME et ancien patron de Système U, avec un patrimoine net déclaré de 8,5 millions d’euros, composé principalement de sociétés d’investissement. Il possède quatre maisons et un appartement en Charente-Maritime et en Vendée, ses terres d’origine.

Il est suivi de Monique Barbut, ministre de la Transition écologique, dont les 5,5 millions d’euros d’actifs comprennent des biens immobiliers, des assurances-vie, des actions Airbus et Zara et, détail qui n’a pas manqué de faire parler, un diamant estimé à 30 000 euros.

Jean-Noël Barrot, ministre des Affaires étrangères, complète ce podium avec 4 millions d’euros de patrimoine, dont 430 000 euros déposés sur un simple compte courant.

Un gouvernement bien moins fortuné que le précédent

À l’autre bout de l’échelle, Gérald Darmanin, ministre de la Justice, ne déclare que 78 000 euros, et Éléonore Caroit, ministre de la Francophonie, 135 000 euros, soit moins que le patrimoine médian des Français, fixé à 148 000 euros.

Quant au Premier ministre Sébastien Lecornu, il affiche 480 000 euros de patrimoine global, malgré un compte courant en léger découvert de 559 euros à la BNP. Au total, près de la moitié des membres de l’exécutif sont millionnaires, pour une moyenne d’environ 1,5 million d’euros de patrimoine net, soit dix fois ce que possède le Français médian.

Ces montants, impressionnants pour le commun des mortels, restent cependant loin des records observés sous le gouvernement Bayrou. Marc Ferat, ancien ministre de l’Industrie, avait ainsi déclaré près de 23 millions d’euros d’actifs.

Éric Lombard, alors ministre de l’Économie, en affichait 21 millions. Le contraste est saisissant et illustre une recomposition des profils au sein de l’équipe actuelle, moins marquée par les grandes fortunes industrielles ou financières.

Entre transparence et voyeurisme

Cet exercice piloté par la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP), fruit d’une loi adoptée au lendemain du scandale Cahuzac, vise à garantir l’éthique et la probité des gouvernants.

Mais si le principe du contrôle fait consensus, la publication intégrale des patrimoines continue de diviser. « Ce qui me choque, c’est que ce soit rendu public. Je ne vois pas ce que ça apporte que vous et moi sachions que tel ministre a un diamant ou telle assurance-vie », estime ainsi l’économiste Nicolas Bouzou, fondateur du cabinet Asterès, sur BFMTV.

À ses yeux, le regard porté sur ces chiffres relève moins du contrôle citoyen que d’un appétit pour une forme de téléréalité patrimoniale. Il souligne par ailleurs que les biens des ministres sont presque exclusivement composés d’immobilier et d’épargne réglementée, avec une quasi-absence d’investissements directs dans des entreprises.

« J’ai été très frappé par cela, dit-il. Ça illustre la faiblesse de la considération que nous avons en France pour l’entreprise. »

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