Bill Ackman veut racheter Universal Music
L’investisseur américain propose, à travers son fonds Pershing Square, une offre de fusion-acquisition assortie d’une prime de 78% sur le géant de la musique, et un transfert de cotation d’Amsterdam à New York.
D’après le Financial Times (FT), Pershing Square Capital Management a déposé, mardi 7 avril, une offre de rachat d’Universal Music Group (UMG) dans le cadre d’une opération combinant numéraire et actions, valorisant la major à près de 55,8 milliards d’euros.
Dirigé par l’homme d’affaires américain Bill Ackman, déjà détenteur de 4,74% du capital d’UMG, Pershing est un hedge fund administrant environ 18 milliards de dollars. Le prix proposé de 30,4 euros par action, représente une prime de 78% par rapport au cours de clôture du 2 avril.
Le mécanisme retenu est celui d’un SPARC, une variante du SPAC (Special Purpose Acquisition Company) dont la vogue des années 2020-2021 s’était soldée par de nombreuses déconvenues pour les investisseurs.
L’opération, que l’intéressé estime pouvoir conclure, créerait un « Nouveau UMG », constitué sous forme de société enregistrée auprès de la SEC dans l’État du Nevada et cotée au New York Stock Exchange, non plus à la bourse d’Amsterdam comme c’est le cas depuis 2021.
Une ingénierie financière au service de la valeur
Ackman défend depuis longtemps cette relocalisation boursière, arguant que les marchés américains offrent traditionnellement des multiples de valorisation supérieurs à ceux des places européennes. Sur la base des prévisions 2026, la valorisation cible, fixée à 64 milliards de dollars, deviendrait justifiée, du moins théoriquement.
Outre ce changement de place, Ackman propose une refonte de la structure financière du groupe Il préconise de porter le ratio d’endettement de 1 fois à 2,5 fois l’EBITDA, d’intensifier les rachats d’actions et de céder la participation d’UMG dans Spotify, évaluée à 2,7 milliards d’euros, afin de libérer des liquidités.
La proposition inclut également un remaniement partiel du conseil d’administration et un nouvel accord de gouvernance pour le PDG Lucian Grainge. Pour Ackman, convaincu que le géant musical est sous‑valorisé, il s’agit de le repositionner à la hauteur de son potentiel.
Obstacles majeurs et scepticisme ambiant
L’ambition paraît d’autant plus louable que l’action d’UMG a sous‑performé les grands indices depuis son introduction en bourse. Mais pour mener cette transaction à bien, Ackman devra rallier le soutien des principaux actionnaires : le groupe Bolloré, propriétaire de 18,5% du capital, et Vivendi, contrôlé par Bolloré, qui détient 13,4%.
Or l’étroitesse de la relation entre ces deux entités confère à Bolloré, une influence déterminante sur tout scénario de restructuration, comme l’a confié un autre grand actionnaire d’Universal Music au FT.
La stratégie suscite par ailleurs quelques sceptiques, dont Matt Pincus, investisseur musical chevronné, qui compare l’opération aux montages creux de l’ère pandémique. « Il ne donne que 5 milliards en cash, le reste en actions d’une coquille vide, en misant que le simple transfert de cotation créera la valorisation. C’est « rajoutez de l’eau ». Où est la vraie création de valeur ? », se demande l’expert, interrogé par le Financial Times.
