Les troubles au Moyen-Orient font trembler les maisons de luxe

Depuis le déclenchement de l’offensive israélo-américaine contre l’Iran, les grands groupes du luxe voient massivement s’éroder leur capitalisation boursière. En cause : les inquiétudes des investisseurs sur l’avenir d’un marché régional devenu, en quelques années, le moteur de croissance de toute une industrie.

Cent milliards de dollars. C’est la perte collective subie par LVMH, Hermès, Kering et Richemont en valorisation boursière depuis le déclenchement de l’opération militaire conjointe États-Unis–Israël contre l’Iran, le 28 février dernier, selon CNBC.

Concrètement, les titres de LVMH et Hermès ont reculé respectivement d’environ 16% et 20% ce mois-ci, tandis que le S&P 500 n’a cédé que moins de 6%. Les actions de Ferrari ont, elles aussi, dévissé d’environ 15%. Face aux tensions persistantes et aux risques sécuritaires, de nombreuses entreprises ont dû suspendre leurs activités dans la région.

« Pour le moment, nous ne subissons pas d’impact sur la production. Mais il est certain qu’à l’heure actuelle, les gens au Moyen-Orient ont d’autres préoccupations que d’acheter une nouvelle Bentley », admet Frank-Steffen Walliser, PDG de Bentley, lors de l’appel aux investisseurs, cité par CNBC.

Dubaï, capitale mondiale du luxe par excellence

Cette situation illustre le poids considérable que la région a acquis ces dernières années dans l’univers du luxe. En 2023, alors que le marché global stagnait, le Moyen-Orient enregistrait une croissance comprise entre 6 et 8%.

Un écart significatif qui en a fait la zone la plus dynamique du globe sur l’exercice, d’après le quotidien américain. En valeur absolue, le marché pèse près de 20 milliards de dollars, soit environ 6% des ventes mondiales de produits haut de gamme, selon la plateforme Solca, citée par CNBC.

Dubaï se présente comme la pièce maîtresse de croissance. En dix ans, la population de millionnaires dans l’émirat a plus que doublé, dépassant les 81 000 individus, à en croire Henley & Partners.

Rien qu’en 2023, près de 10 000 nouveaux fortunés — venus de Chine, d’Inde, de Russie et d’autres marchés émergents — s’y sont installés. Parmi les atouts qui séduisent : un cadre de vie privilégié, l’absence d’impôt sur le revenu et une stabilité politique rare dans la région.

Entre perspectives de reprise et risque d’enlisement

Le Dubai Mall abrite ainsi aujourd’hui certains des points de vente les plus performants au monde pour des maisons comme Louis Vuitton, Cartier ou Chanel. Le plus grand concessionnaire Rolls-Royce de la planète y est également installé.

Face à ce contexte, les investisseurs se retrouvent à la croisée de deux scénarios contrastés. Dans l’hypothèse optimiste, le conflit s’apaise rapidement, le tourisme repart à Dubaï, les cours du pétrole se stabilisent, et la région retrouve — voire dépasse — la dynamique d’avant-crise.

« La plupart des entreprises avec lesquelles nous avons échangé ne signalent pas une chute catastrophique au Moyen-Orient. Si cela se limite au mois de mars, ce serait finalement un non-événement », nuance Solca auprès de CNBC.

Mais le scénario inverse est tout aussi plausible. Une persistance des tensions entraînerait une hausse durable des prix du pétrole, un effondrement du tourisme dans les hubs régionaux, et un retrait des capitaux étrangers qui alimentent en grande partie la consommation de prestige à Dubaï.

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