Allbirds, de la licorne au solde

La marque américaine de chaussures durables, autrefois symbole d’une consommation haut de gamme et responsable, s’apprête à être revendue pour une somme dérisoire, bien loin de l’enthousiasme suscité il y a peu lors de son entrée en Bourse.

Allbirds a annoncé, mardi 31 mars, la cession de l’ensemble de ses actifs ainsi que de la propriété intellectuelle de la marque de chaussures au groupe American Exchange Group, spécialisé dans la conception, la licence et la fabrication d’accessoires de mode.

Le montant de la transaction, soumis à l’approbation des actionnaires, s’élève à 39 millions de dollars. Une annonce qui a entraîné une baisse de près de 3% du titre en séance, selon Bloomberg Radio.

Ce montant ne représente en effet qu’une infime fraction de la valorisation de 1,4 milliard de dollars qu’affichait l’entreprise lors de son introduction en Bourse en novembre 2021.

À l’époque, les sneakers de la marque, reconnaissables à leur design minimaliste et à leur laine mérinos sobre, avaient réussi l’exploit rare de conjuguer style et engagement environnemental.

De l’euphorie boursière à la liquidation des actifs

L’entreprise avait bâti toute sa proposition de valeur sur un pari selon lequel l’éthique et la durabilité puissent justifier durablement une prime tarifaire dans un secteur aussi concurrentiel que celui de la chaussure.

Ce pari s’est toutefois doublé d’une diversification mal maîtrisée. En cherchant à transformer un succès de niche en marque « lifestyle », Allbirds s’est aventurée au-delà de son cœur de métier – vêtements de sport, doudounes, chaussures de golf – sans disposer des atouts nécessaires pour s’imposer sur ces segments.

Les pertes chroniques, une structure de coûts trop lourde, une expansion internationale mal calibrée et la montée en puissance de concurrents comme On Running ou Hoka ont peu à peu érodé ses parts de marché et la patience de ses investisseurs.

La dure loi du marché

Au troisième trimestre 2025, le chiffre d’affaires trimestriel s’est établi à 33 millions de dollars, en recul de 23% sur un an, pour seulement 24 millions de liquidités disponibles. En janvier 2026, la direction a annoncé la fermeture de tous les magasins à prix plein aux États-Unis.

D’une entreprise qui exploitait autrefois 62 points de vente à travers le monde, il ne reste plus que quatre boutiques : deux outlets américains et deux magasins à Londres. Un symbole fort du retournement de tendance après les valorisations excessives de la période 2020-2021.

Selon Pallavi Sehgal, experte en marketing produit et stratégie commerciale, Allbirds avait su attirer des capitaux dans un contexte d’engouement pour les marques DTC (direct-to-consumer) à vocation durable, porté par des taux d’intérêt bas et une forte appétence spéculative.

Les hypothèses de croissance intégrées lors de l’introduction ne laissaient aucune marge d’erreur, et les approximations stratégiques se sont multipliées. La correction boursière qui a suivi n’a fait que ramener, d’après l’experte, l’entreprise à une réalité que ses fondamentaux fragiles rendaient, en définitive, inévitable.

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