Le grand ménage de Jack Dorsey

Le dirigeant a annoncé la suppression de 40 % des effectifs de Block, le spécialiste des paiements qu’il a cofondé. Si la direction évoque le tournant de l’intelligence artificielle pour justifier cette vague de départs, des analystes pointent une réalité bien moins flatteuse.

L’annonce a provoqué une véritable onde de choc le 26 février dernier. Block, la fintech à la tête des solutions de paiement Cash App et Square, prévoit de se séparer de 40% de ses salariés, soit environ 4 000 postes.

Selon la direction, cette coupe s’inscrit dans le cadre d’une transformation stratégique alimentée par la montée en puissance de l’intelligence artificielle.

« Nous constatons déjà que les outils d’intelligence que nous créons et utilisons, associés à des équipes plus petites et plus plates, permettent une nouvelle façon de travailler qui change fondamentalement ce que signifie construire et gérer une entreprise. Et cela s’accélère rapidement », écrit le cofondateur Jack Dorsey dans une lettre adressée aux employés et publiée sur X.

Lors d’un échange avec les analystes, il a par ailleurs souligné que « les modèles ont gagné un ordre de grandeur en performance », devenant exploitables dans « presque tous » les domaines d’activité du groupe.

Un « narratif Katrina »

La réaction de Wall Street a été sans équivoque. D’après Bloomberg, l’action a bondi de près de 17 % le vendredi suivant l’annonce, atteignant même un pic de 21 % en séance avant de clôturer sur ce gain notable. Mais derrière cette euphorie boursière, plusieurs observateurs remettent en question le récit officiel.

Parmi eux, Marcello, analyste financier et ancien actionnaire déçu de Block, n’a pas mâché ses mots. Sur X, il a qualifié la communication de Dorsey de « narratif Katrina », une mise en scène destinée, selon lui, à présenter comme visionnaire une décision avant tout corrective et tardive.

Il rappelle un précédent marquant : lors du rachat de Twitter (devenu X) par Elon Musk en octobre 2022, celui-ci avait supprimé 80 % des postes en cinq mois. Une décision qui a néanmoins permis d’améliorer le produit.

Les données tendent à lui donner partiellement raison. En effet, même après cette réduction, Block compte encore près de 50 % de personnel en plus qu’en 2019, sans changement structurel majeur depuis cette période.

Une inefficacité structurelle bien documentée

L’entreprise a certes grossi avec le rachat d’Afterpay, mais les gains de productivité espérés ne se sont jamais concrétisés à la hauteur des ambitions initiales. La comparaison avec d’autres acteurs mondiaux de la fintech reste peu flatteuse.

Pour 2026, Block anticipe ainsi une marge d’EBITDA d’environ 26 % sur ses bénéfices bruts. À titre de référence, la nouvelle banque brésilienne Nubank affiche 66 %, RDM 69 %, Stoneco 43 %, et même Pakistan Grows atteint 34 %.

La question de fond reste entière : les suppressions de postes chez Block sont-elles réellement motivées par l’intelligence artificielle, ou l’IA n’est-elle qu’un habillage narratif pour une restructuration purement comptable ?

La remarque d’Ethan Mollick, professeur à Wharton et spécialiste du sujet cité par Les Échos, éclaire le débat : « Ces nouveaux agents d’IA performants viennent à peine d’apparaître. Les entreprises ne savent pas encore comment s’organiser autour d’eux ; il est donc difficile d’imaginer une hausse soudaine et massive de la productivité. »

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *