États-Unis : le business juteux de l’immigration
Depuis le retour au pouvoir de Donald Trump, plusieurs entreprises se frottent les mains, profitant de contrats lucratifs avec Washington dans le cadre de son offensive migratoire.
Alors que la traque meurtrière des migrants, lancée aux États-Unis par une administration dont la politique indigne bien au-delà des frontières américaines, se poursuit, certaines entreprises y voient une véritable opportunité.
En effet, le gouvernement a considérablement étendu au cours des 12 derniers mois, la capacité de détention, intensifié les opérations d’expulsion et investi massivement dans les infrastructures de sécurité frontalière.
Au cœur de cette dynamique, figurent deux agences fédérales : la Immigration and Customs Enforcement (ICE) et la Customs and Border Protection (CBP), dont les budgets de sous-traitance ont littéralement décollé depuis la deuxième investiture de Trump en janvier 2025
Cela a créé une demande sans précédent pour des contractants privés capables de fournir ces services, générant des revenus substantiels pour un large éventail d’entreprises. Selon une analyse du Financial Times fondée sur des données contractuelles, cette manne se chiffre aujourd’hui à 22 milliards de dollars.
Les bénéficiaires opèrent dans des secteurs aussi variés que les services de détention, les prisons privées, les technologies de sécurité, les transports, les services juridiques et la construction entre autres.
Une économie de la frontière qui explose
Fisher Sand & Gravel, entreprise de BTP dirigée par Tommy Fisher, un donateur républicain, a ainsi empoché plus de 6 milliards de dollars de la part de CBP depuis juillet pour la construction de tronçons du mur le long de la frontière sud.
Dans les airs, CSI Aviation, courtier en vols charters, s’est vu attribuer plus de 1,2 milliard de dollars de contrats ICE depuis janvier 2025, pour le transport des personnes ciblées, du centre de détention jusqu’aux expulsions.
Deloitte, poids lourd mondial du conseil, figure également parmi les grands bénéficiaires, avec plus de 100 millions de dollars de nouveaux contrats combinés avec ICE et CBP sur la période.
À cela s’ajoute Palantir, spécialiste de la donnée et prestataire de longue date du gouvernement fédéral, bénéficiaire de 81 millions de dollars de contrats avec ICE depuis le début de l’année dernière, notamment pour la conception d’un système de suivi de l’« auto-expulsion » et des outils destinés à « rationaliser la sélection et l’appréhension des étrangers en situation irrégulière ».
Un silence embarrassant
La liste inclut Amazon Web Services, Microsoft (75 millions et 93 millions de dollars respectivement), Motorola Solutions ou encore l’acteur de la sécurité privée G4S. De quoi susciter un malaise parmi les employés.
Plus de 1 000 salariés du secteur technologique, dont plus d’une centaine de Google, ont signé mercredi 28 janvier, une lettre ouverte demandant la résiliation des contrats conclus avec les agences migratoires et une prise de position publique contre les méthodes du gouvernement.
Du côté des entreprises interrogées par le Financial Times, c’est le mutisme qui prévaut. Palantir, Deloitte, Amazon, Motorola Solutions et G4S n’ont pas répondu aux demandes de commentaires, tandis que Microsoft a simplement refusé de s’exprimer.
Seule Smiths Group, maison-mère britannique de Smiths Detection (62 millions de dollars de contrats CBP), a accepté de se prononcer, affirmant simplement fournir « des technologies de détection de menaces et de contrôle de sécurité pour les ports et les frontières, qui limitent les activités illégales« .
