La bonne affaire des parieurs contre la venue du Christ

Aussi surprenant que cela puisse sembler, certains ont empoché de l’argent en pariant que Jésus ne reviendrait pas en 2025.

Si les chrétiens attendent le retour de Jésus-Christ depuis deux millénaires, nul, pas même lui, ne sait quand cet événement se produira. Pourtant, certains y ont cru pour 2025, au point d’y risquer de l’argent.

Le « oui » à la question « Jésus-Christ reviendra-t-il en 2025 ? » a recueilli jusqu’à 3 % des quelque 3,3 millions de dollars misés sur cette prédiction au cours de l’année sur Polymarket, célèbre plateforme de paris décentralisés.

L’enthousiasme de quelques croyants a brièvement fait grimper la probabilité implicite de ce « retour » au printemps, avant que le contrat ne s’effondre sous les 1 % à l’approche de décembre. Une évolution qui a surtout profité à ceux ayant parié sur le « non ».

Ces derniers ont ainsi dégagé, sur la base d’un calcul annualisé, un rendement avoisinant 5,5 % (hors frais), soit mieux que les bons du Trésor américain, souvent cités comme l’archétype de l’investissement sans risque, selon Bloomberg.

La théorie de la valeur temps de l’argent

À première vue, miser sur le retour du Christ relève de l’irrationnel. Les chances d’une seconde résurrection paraissent nulles, et les cotes traduisent régulièrement cette quasi-certitude.

Pourtant, les 4 % de « croyants » — dans le sens financier du terme — recensés par Bloomberg au fil des douze derniers mois ne sont pas nécessairement des fanatiques ou des plaisantins. Certains auraient plutôt repéré une faille dans le système.

Eric Neon, chercheur spécialisé en alignement de l’intelligence artificielle, s’est penché sur le phénomène dans un article de blog publié en mars dernier, pour en comprendre les mécanismes.

Après avoir écarté les explications les plus évidentes — ferveur religieuse, humour de parieur ou erreur de résolution sur la plateforme —, Neon s’est intéressé à une hypothèse avancée par Jesse Richardson, trader professionnel de Polymarket. Celle-ci repose sur un principe économique fondamental : la valeur temps de l’argent.

Un nouveau cycle de spéculation

En effet, pour empocher un gain de 29 000 dollars en fin d’année 2025, un parieur du « non » doit immobiliser près de 971 000 dollars durant plusieurs mois. Soit un rendement bien modeste : 2,9 %. En d’autres termes, ces fonds restent bloqués sur un marché dont l’issue semble acquise, mais dont la clôture ne surviendra qu’au 31 décembre 2025.

Selon Richardson et Neon, ces parieurs risquent de s’impatienter. Lorsque de nouveaux marchés plus dynamiques apparaîtront sur Polymarket — liés, par exemple, à des échéances politiques ou à des innovations imprévues —, ils chercheront à récupérer leurs liquidités pour les réinvestir ailleurs.

C’est précisément à ce moment que les partisans du « oui » entrent en scène. Leur stratégie ne repose pas sur la foi en un miracle, mais sur une anticipation de mouvement de marché : si les positions « non » sont massivement revendues, le prix des parts « oui » montera mécaniquement.

Depuis le 1er janvier 2026, les paris se sont déjà déplacés vers une nouvelle question : « Jésus-Christ reviendra-t-il avant la fin de 2026 ? » À ce stade, les joueurs attribuent à cette prédiction une probabilité d’environ 2 %, selon Bloomberg. De quoi promettre aux tenants du « oui » un gain théorique supérieur à 5 700 % en cas de miracle… et de validation du contrat.

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